Instant Sonore, Vol.7
Où je partage mes moments musicaux favoris avec vous
Bienvenue dans une nouvelle édition d’Instant Sonore, une série d’articles où je choisis cinq chansons et vous présente mes moments préférés chez chacune d’entre elles. Chanson favorite, obsession temporaire ou une simple note particulière, l’important est que le passage soit mémorable.
Au programme aujourd’hui : Calvin Harris, Haim, Japanese Breakfast, Let’s Eat Grandma et Metronomy.
(Editor’s note : ce volume a été rédigé le mois dernier pour la fête de la musique, dans l’espoir que la pluie laisse rapidement place au soleil. Puisque ça ne s’est toujours pas produit et qu’on semble en être encore loin aujourd’hui, merci d’imaginer un futur grand soleil pendant votre écoute/lecture.)
Calvin Harris, Frank Ocean, Migos – Slide
Instant Sonore : 1:59 / 2:28
Le couvre-feu disparaît, les terrasses réouvrent, l’Euro 2̶0̶2̶0̶ 2021 bat son plein... Il est temps de mettre à jour ses playlists et de se rappeler de l’époque magique où Calvin Haris a décidé de produire l’album de l’été 2017 : Funk Wav Bounce Vol. 1.
La liste des features est beaucoup trop longue pour être entièrement déroulée, mais on peut tout de même citer des morceaux comme Heatstroke avec Young Thug, Pharrell et Ariana Grande, ou Rollin avec Future et Khalid, pour situer la dimension de cet album hip-hop / funk improbable. Pour cet Instant Sonore, on s’en tiendra à une seule chanson : Slide, qui recrute Frank Ocean et deux tiers des Migos. Originellement sorti en février 2017, le single de Calvin Harris a immédiatement séduit pour s’imposer comme hymne prématuré de l’été.
Durant l’ouverture d’un beat à plusieurs facettes construit par Harris, on entend d’abord la voix auto-tunée de Frank. Il raconte un tas de choses que je ne suis toujours pas sûr de comprendre, mais il s’assure aussi de répéter sa phrase clé (“I MIGHT”) pour en faire un ad-lib récurrent. Il retourne au naturel après une courte minute, on se prend au rythme, le refrain s’impose et devient mémorable… Il ne reste plus qu’à inviter les rappeurs d’Atlanta pour que la fête commence.
Et c’est là qu’intervient Quavo, à 1:59, lui aussi avec sa dose d’auto-tune. “Put that spotlight on her face” chante-t-il plein de fraîcheur. Mais mettons plutôt la spotlight sur sa voix, parce que son entrée en matière est simplement parfaite. Prendre le relais d’une mélodie après Frank Ocean et maintenir la qualité du morceau est une tâche à priori impossible, mais Quavo a complètement assuré ici.
Il ne prend d’ailleurs pas seulement le relais, mais il met un léger coup d’accélérateur. Son énergie, son rythme, sa tonalité, tout est parfaitement dosé sur seulement 30 secondes après une première partie de chanson plutôt calme. Les ad-libs raisonnent comme il le faut et là encore, un second relais peut-être passé à 2:28 :
(Offset!) Good gracious
Starin' at my diamonds while I'm hoppin' out a spaceship
Need your information, take vacation to Malaysia (info!)
You my baby, the paparazzi flashin' crazy
Offset, comme à son habitude, est au rendez-vous. Il bondit sur le beat, le beat rebondit sur lui, les mots se rebondissent les uns sur les autres, je rebondis sur le sol, etc.
Les deux membres de Migos se montrent à leur plus accessible au meilleur moment, après le grand succès de Culture sorti en janvier de la même année, et il devient impossible de nier l’effet addictif de cette chanson.
Haim – Summer Girl
Instant Sonore : 0:31
Women In Music Pt III est sorti en plein confinement l’an dernier (ou temps de restrictions rendant la vie humaine aussi misérable et stressante que possible) et n’a pas eu l’occasion d’être célébré à sa juste valeur. Je propose de rectifier cela car il s’agit d’un album qui déborde d’idées et de chansons qui ne demandent qu’à être écoutées sous un soleil tapant.
Parmi toutes ces chansons, on peut avant tout s’intéresser à Summer Girl, le single du trio californien sorti un an avant leur album (donc 2019). Ce qui débute à priori comme une chanson pop-rock assez familière, avec un rythme cymbale-caisse claire classique, prend un léger tournant à 0:31 grâce à l’apparition d’un saxophone divin.
Soudainement, on se retrouve dans un environnement pop-rock fusionné à du blues-jazz. Ce même saxophone bénéficiera d’un peu plus de temps pour se laisser emporter à partir de 1:28 et vraiment surélever la mélodie. Ça ressemble presque à de l’improvisation ou une jam session quand Danielle Haim se met à chantonner tout du long. C’est un moment d’harmonie complet et l’un des nombreux rayons de lumière que l’on retrouve sur cet album.
(Editor’s Note : Tout ce que vous devez savoir sur l’énergie de cet album se trouve sur Los Angeles dans la phrase : “New York is cold / I tried the winter there once: nope”, avec ce même saxophone qui semble brièvement soupirer de façon amusée. Le timing est parfait et très satisfaisant. Croyez-moi, ça sonne improbable qu’un saxophone puisse soupirer mais c’est bien le cas.)
Japanese Breakfast – Paprika
Instant Sonore : 1:05
Une chanson toute fraiche, tirée d’un album tout frais, pour un Instant Sonore tout frais. Jubilee marque la sortie du troisième album de Michelle Zauner sous le nom de Japanese Breakfast, après Psychopomp (2016) et Soft Sounds From Another Planet (2017).
On remarque sur ce nouvel album une évolution assez claire dans son approche musicale, à la fois dans ses instrumentations plus fournies et son approche lyrique plus mature. Là où Soft Sounds From Another Planet était beaucoup plus minimaliste et spatial, Jubilee est au contraire plus chaleureux et détaillé.
Paprika, qui sert d’introduction à ce projet, en est peut-être le meilleur exemple. Tout son charme réside dans son esprit de fanfare, dans ses différents éléments, dans l’exaltation de sa batterie qui galope à travers l’entièreté du morceau, suivie par des petits bouts de synthé et bien sûr la voix de Zauner qui domine par-dessus cet ensemble.
Après une première répétition du refrain, c’est à 1:05 que Paprika laisse une impression grandiose. On entend un mix de saxophone et de trombone surgir de nulle part pour ajouter de l’ampleur à cette idée de fanfare. Zauner sort l’un des cris les plus harmonieux possibles (“Oooh, it’s a rush!”) et tout semble prendre forme.
Les instruments ne s’arrêteront plus à partir de ce moment, le refrain sera répété à plusieurs reprises et restera ancré dans ma mémoire.
How's it feel to be at the center of magic
To linger in tones and words?
I opened the floodgates
And found no water, no current, no river, no rush
Il y a quelque chose de fort et de symbolique dans cette introduction que je ne peux pas encore expliquer. Peut-être est-ce dans le timing de sa sortie, mais il s’agit de bien plus qu’une excellente entrée en matière pour un excellent album. C’est le son d’un état d’esprit ravivé qui retourne au combat.
Let’s Eat Grandma – Hot Pink
Instant Sonore : 1:14
Let’s Eat Grandma aura sûrement été *la* grosse surprise de l’année 2018 pour moi. Alors que des artistes plus établis comme Beach House, Pusha T, Kali Uchis ou encore Cardi B proposaient des projets de grande qualité autour de la même période, c’est le jeune duo de Norwich qui réussissait à me captiver grâce à leur approche ultra énergique.
Leur album I’m All Ears, sorti le 29 juin, était originellement difficile à décrire et même difficile à digérer. Leur registre n’a pas grand chose en commun avec les artistes cités plus haut, puisqu’on y trouve ici un mix d’art pop, électro pop, synth pop et tout autre genre de pop expérimentale. Et pour une première impression, ça fait beaucoup.
Mais c’est aussi ce mélange de différentes combinaisons et d’une certaine témérité dans leur approche qu’on ne trouvait pas ailleurs qui intrigue. Leur talent se fait réellement sentir sur Hot Pink, un morceau qui démarre très tendrement avec un synthé décontracté et des vocals épurées. Puis le tournant se produit à 0:46, où l’on ne s’intéressera pas simplement au drop pour une fois, mais plutôt au choix effectué par la suite.
Il s’agit de la décision à 1:14 de faire retomber la chanson, au lieu de continuer d’y aller à fond dans l’électro, qui a piqué mon intérêt. On ressent l’envie de créer une mélodie nuancée et d’établir une identité à double facette sur le restant de l’album. On comprend rapidement qu’il y aura un contraste à l’agression de leur production et qu’il faudra y être attentif.
C’était peut-être une prise de risque de ne jamais vraiment s’engager dans un registre ou un autre, surtout sur ce qui était à l’époque leur single principal, mais on peut dire que ça leur a forgé une identité unique qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.
On remarque d’ailleurs au fil de l’album que le duo se relâche progressivement, certaines mélodies paraissent plus fluides et on les entend presque se corriger elles-mêmes par moments. Ça nous donne des résultats sublimes comme I Will Be Waiting et Cool & Collected en toute fin d’album pour un ensemble finalement chaotiquement maitrisé.
Metronomy – The Bay
Instant Sonore : 1:37
Etant donné la saison et étant donné le thème, on ne peut pas conclure cet Instant Sonore sans mentionner l’incontournable valeur sûre de l’été : The English Riviera. On pourrait parler de l’intégralité de l’album tellement les vibes sont parfaits mais les règles du jeu me forcent à choisir : The Bay.
Metronomy était déjà sélectionné dans le Volume 4 pour accueillir le printemps, mais puisqu’ils ne règnent véritablement que sur l’été, célébrons ce classique et la façon dont leur basse opère et se rend disponible à travers l’intégralité de cet album. C’est réellement l’instrument qui contribue à chaque mélodie et forge leur caractère.
On l’entend particulièrement bien à 1:37, en plein refrain (“it feels so gooooooooood”) qui laisse savamment l’instru respirer et s’emparer de la chanson. On glisse vraiment sur les notes de la basse, pendant que le groupe nous fait bondir de ville en ville.
Because this isn't Paris
And this isn't London
And it's not Berlin
And it's not Hong Kong
Not Tokyo
If you want to go
On profite au passage d’une belle qualité de scénarisation, qui n’est pas dû à des textes très compliqués mais au contraire à leur simplicité qui colle à la légèreté du concept de l’album.
C’est quelque chose que l’on remarque sur l’ensemble de leurs chansons, qu’elles soient festives, mélancoliques, nostalgiques ou romantiques (mention spéciale pour Corinne et son storytelling) et qui sert à forger le caractère de Metronomy.
C’est tout pour aujourd’hui ! N’hésitez pas à partager ou à vous abonner à la newsletter si ce n’est pas déjà le cas. Il reste encore d’autres Instant Sonore de qualité à venir…


