Instant Sonore, Vol.5
Où je partage mes moments musicaux favoris avec vous
Bienvenue dans une nouvelle édition d’Instant Sonore, une série d’articles où je choisis cinq chansons et vous présente mes moments préférés chez chacune d’entre elles. Chanson favorite, obsession temporaire ou une simple note particulière, l’important est que le passage soit mémorable.
Au programme cette semaine : A$AP Rocky (ft Skepta), Girlpool, Metric, Vampire Weekend et Weyes Blood.
A$AP Rocky, Skepta – Put That On My Set
Instant Sonore : 1:40
Ce qui est cool avec les features, en rap ou ailleurs, c’est avant tout l’excitation de voir deux artistes collaborer. Parfois deux styles opposés, parfois deux phénomènes qui dominent le même genre ou parfois un rappeur US et UK, comme ici. C’est toujours sympathique à voir mais surtout, par-dessus tout, c’est toujours très marrant de savoir avec certitude que l’invité va dominer le morceau et éclipser son complice.
Si Rocky semblait déjà ralentir depuis quelques années lors de la sortie de Cozy Tapes: Vol.1 en octobre 2016, ce n’était pas le cas pour Skepta, qui sortait Konnichiwa en mai de la même année et devenait très rapidement le nom le plus demandé sur la scène US. Ses apparitions se sont rapidement multipliées après le succès de son album, notamment auprès de Drake (Skepta Interlude meilleur moment de rap sur More Life) ou encore Playboi Carti. Mais aucun duo n’aura été plus efficace et naturel que Rocky x Skepta.
Ici, Rocky prend son approche toujours aussi nonchalante. Les vibes sont décontractées, la production est au rendez-vous, le sample est très bien choisi (Brother's Gonna Work It Out de Willie Hutch) mais après une minute d’échauffement, on tombe dans le grave et les choses sérieuses commencent. La mélodie d’arrière-plan descend de plusieurs notes et se met à grogner, la transition vers un style plus sombre s’effectue et permet à Skepta de faire son entrée à 1:40.
Il prend immédiatement les rênes, il flotte sur le beat, on se prend des enchaînements de rimes pendant que la production continue de tout surélever. Le contraste entre le punch de Skepta et la nonchalance de Rocky permet à la fois de construire un hit certain mais aussi de souligner la différence de compétence entre les deux.
Rocky termine finalement dans un rôle bien plus naturel sur le refrain de clôture, tandis que Skepta s’affirme comme tête d’affiche.
Girlpool – Soup
Instant Sonore : 1:07
Avec Powerplant, Girlpool sortait son deuxième album en 2017 et continuait à construire son identité discrètement. Derrière des instrumentations à l’influence punk canalisées et un penchant pour du lo-fi se cache une frustration et une vulnérabilité certaine qui ne se révèle que si l’audience y prête attention.
C’est le cas sur Soup, où Tucker et Tividad abordent le fardeau de leur existence et s’échangent de nouveau des messages de soutien (thème récurrent de l’album). Comme sur 123 ou It Gets More Blue, ce poids existentiel est représenté par la mélodie, ici grâce aux guitares qui s’abattent à 1:07.
Si les performances vocales ne semblent pas exceptionnelles, c’est dans le timing que se trouve la force de cette chanson. L’atmosphère grungy, la montée en puissance, le drop suivi de “can you feel it” chanté à l’unisson… Puis le retour à une voix plus douce et plus rassurante.
Metric – Dreams so Real
Instant Sonore: 0:01
Synthetica de Metric a joué un grand rôle durant mes années au lycée. Ce n’était pas aussi émo que la fin de mes années 2000*, mais il restait des résidus de cette phase à laquelle je m’accrochais encore. Plutôt indie rock que punk rock, ce sont des titres comme Youth Without Youth ou Breathing Underwater qui me portaient à travers mes journées.
C’est très dramatique et tout à fait adapté à l’adolescent qui cherchait désespérément du sens aux paroles des chansons qu’il écoutait et qui voulait être visiblement ennuyé par la présence de ses camarades de classe. Sur Dreams So Real, on se retrouve avec une chanson typique de l’individu incompris et plein d’angoisse.
When I get to the bottom of it I sink
Seems like nothing I said
Ever meant anything
Le moi de 16 ans était à FOND dans ces paroles. C’était mon identité. Enfin une chanson qui me comprend, moi, un adolescent qui traverse de toute évidence la plus grande épreuve de ma vie en essayant de décider si je peux prendre le bus de 7h43 et quand même arriver à l’heure parce que le bus de 7h33 est trop rempli.
Plus sérieusement, le grincement de la guitare en ouverture du morceau restera à jamais gravé dans mon esprit. C’est l’alarme d’une nouvelle journée qui commence, le stress d’un contrôle pour lequel je ne suis pas prêt, l’incertitude du futur et toute autre cause d’angoisse.
Et même si j’adopte un ton moqueur envers Amir version lycée, le moi d’aujourd’hui apprécie toujours autant cette chanson. Pour des raisons différentes, certes, mais Synthetica semble constamment trouver un moyen de se réinsérer dans ma vie.
En même temps, difficile de ne pas rester d’actualité avec de telles paroles.
To believe in the power of songs
To believe in the power of girls
Though the point we're making is gone
Played stripped down to my bone
I'll shut up and carry on
The scream becomes a yawn
*[redacted]
Vampire Weekend – Unbearably White
Instant Sonore : 1:50
Il y a deux ans, autour de cette période, Vampire Weekend effectuait son grand retour avec Father of the Bride, un album gigantesque, riche en mélodies, métaphores et autres symboles. J’avais beaucoup de choses à dire à sa sortie, et c’est encore le cas aujourd’hui, mais je vous réfèrerai plutôt à ma critique de l’époque pour me concentrer sur une (1) seule chanson.
Unbearably White, de par son nom assez comique, a fait l’objet de nombreuses analyses tentant de déchiffrer le mystère autour de ses paroles. Mais en dehors de sa signification, il s’agit de l’une des chansons les plus ingénieuses de l’album en terme d’instrumentation.
Comme à son habitude, le groupe new-yorkais se sert d’une multitude de petits instruments pour complémenter ses outils principaux et étoffer sa mélodie. C’est le cas avec les bongos instantanément introduits en arrière-plan pour apporter du groove, ou la flûte présentée vers 1:10 qui aide à compléter la présence des violoncelles, car oui il y a aussi des violoncelles dans cette chanson merci Vampire Weekend.
Les bases étant posées, la vraie surprise se produit à 1:50 lors de ce break qui laisse place à un IVNI (Instrument Volant Non Identifié) dominant complètement le moment. J’ignore s’il s’agit d’une version modifiée des violoncelles précédemment introduits ou d’une guitare au rendement modifié mais c’est hyper élégant et étrangement approprié.
Après cette intervention, les segments se répètent et se succèdent mais avec une dimension plus épique qu’auparavant. Tout semble plus méthodique, on détecte la légère présence d’un chœur en fond, les paroles raisonnent un peu plus et le tout disparait progressivement lors d’un très beau fade-out pour conclure.
Weyes Blood – Movies
Instant Sonore : 3:34
Natalie Mering est-elle l’auteure-compositrice la moins reconnue actuellement ? C’est mon impression et je tiens à rectifier cela en vous conseillant à la fois : son album Titanic Rising sorti en 2019 (top 3 de cette année-là) et un single tiré de ce projet.
Sur cet album très dramatique, épique et quasiment théâtral, Mering, dite Weyes Blood, traverse une multitude d’émotions à cause de son inévitable côté romantique (Andromeda), sa quête de sens (Something to Believe) et même son amour des films (Movies).
On fait face ici à une chanson à la construction lente, s’étalant sur plus de trois minutes avant de réellement s’épanouir. Ce sont des minutes de méditation qui se reposent sur les vibrations de son synthé, sa voix gracieuse et des paroles reflétant le besoin de s’évader à travers l’art du cinéma.
Some people feel what some people don't
Some people watch until they explode
The meaning of life doesn't seem to shine like that screen
C’est à 3:34 que le déclic survient, tel un rebondissement typique des films les plus tragiques. Grâce à l’intervention de violons et de lourdes percussions, Mering effectue son retour à la surface.
On passe soudainement du synthétique à de l’acoustique et cela transforme complètement l’atmosphère de la chanson. Les vagues précédemment produites laissent désormais place à une sorte d’orchestre emphatique qui ne fait que monter en puissance pour produire un climax ultra satisfaisant.
Il s’agit sûrement du point culminant d’un album rempli de moments tout aussi grandioses. Titanic Rising est un modèle d’art pop, de pop baroque, dream pop et tout autre genre concerné.
C’est tout pour cette semaine ! N’hésitez pas à partager ou à vous abonner à la newsletter si ce n’est pas déjà le cas. Il reste encore beaucoup d’autres Instant Sonore à venir…


