Instant Sonore, Vol.1
Où je partage mes moments musicaux favoris avec vous
Bienvenue dans la première édition d’Instant Sonore, une série d’articles où je choisis cinq chansons et vous présente mes moments préférés chez chacune d’entre elles. Chanson favorite, obsession temporaire ou une simple note particulière, l’important est que le passage soit mémorable.
Au programme aujourd’hui : Beach House, Future, MGMT, Moses Sumney et Tennis.
Beach House – Wishes
Instant Sonore : 2:58
Je m’impose toujours comme règle d’or de ne jamais mentionner Beach House dans mes listes ou playlists parce que je finis inévitablement par ne parler que d’eux ou de réserver des sections entières à leurs chansons. C’est le seul groupe que j’écoute constamment durant n’importe quelle saison (ils ont des albums pour chaque saison et je suis très méthodique à ce sujet) avec des classiques à faire tourner en boucle. Mais s’ils ont justement autant de matériel, pourquoi ne pas contourner la règle et en profiter ?
J’ai donc choisi la chanson Wishes pour commencer, de l’excellent Bloom, qui comporte de nombreuses leçons en matière de régularité et de structure. Dès l’introduction (Myth) on se prend un récital de Victoria Legrand et Alex Garland avec un buildup grandiose et une composition digne de leurs meilleurs titres. Peut-être que j’aurais dû parler de Myth d’ailleurs, mais on peut se faire plaisir et parler de deux (2) chansons à la fois.
Là où Myth introduit une séquence qu’elle répète pour graduellement y ajouter des éléments et faire monter l’intensité, Wishes fait… exactement la même chose. Il n’y a pas vraiment de surprise, c’est la marque de fabrique de Beach House et ça fonctionne à. chaque. fois.
En réalité, ce n’est jamais exactement la même chose avec le groupe de Baltimore et c’est bien pour ça qu’ils conservent une longévité si impressionnante. Ici, Myth se termine avec un moment d’instrumentation magistral tandis que Wishes se fait dominer par la voix de Legrand. On est transporté par les quelques notes de guitare à 2:19 pour que son rugissement nous interrompe à 2:58. La batterie tombe, elle reprend le contrôle, la chanson est en suspens, la batterie retombe et ça repart. Perfection.
Lil Yachty, Future, Mike WiLL Made-it – Pardon Me
Instant Sonore : 1:54
Pas d’introduction nécessaire pour le rappeur ultra toxique qui domine la trap depuis maintenant 10 ans, mais il y a une chose que fait Future que j’aime particulièrement : c’est sa façon d’incorporer des bruits, n’importe quels bruits, dans ses couplets et ses refrains. Il y a des ad-libs basiques bien sûr mais il y a aussi des inspirations comme “MHH HMMMMM” sur I’m So Groovy ou son fameux “LA DI DA DI DA” sur King’s Dead où tout le monde s’est demandé ce qui lui passait par la tête (passage iconique, aucun débat là-dessus).
C’est pareil sur Pardon Me de Lil Yachty, qui appartient en vérité à Future vu le gouffre entre les deux rappeurs. Il s’approprie le morceau d’entrée et ajoute un peu de sauce avec un sifflement qui coupe sa cadence et apporte un (très) léger élément mélodique. J’ai beaucoup ri lors de ma première écoute à cause de l’effet de surprise mais aussi parce que j’adore les bruits ridicules dans le rap, surtout quand il y a un trap beat sombre en fond (21 Savage excelle dans ce domaine). Inutile de dire que j’ai tout de suite accroché.
Et c’est donc à 1:54 que la magie se produit. On l’a déjà entendu siffler une fois en intro, on sait à quoi s’attendre, il commence à décoller après le passage de Yachty… Il faut un certain charisme pour que ça fonctionne, très peu de rappeurs pourraient s’en sortir avec une telle inspiration sans se faire ridiculiser sur les réseaux. Avec Future, ça passe tranquillement pendant qu’il flotte sur le beat avec un flow impeccable.
MGMT – TLSAMP
Instant Sonore : 3 :52
L’une de mes nombreuses obsessions en musique, c’est ce moment très très particulier et rare où l’on peut entendre un artiste sourire en chantant. Pas un rire, pas un gloussement (insupportable), pas lors d’une conversation intégrée à une chanson (aussi insupportable), mais un véritable sourire qui semble irrésistible et incontrôlable. Ce phénomène m’intéresse tellement que j’en ai fait une petite playlist (de seulement 11 sélections, si vous avez des suggestions je suis preneur).
Voilà qui nous amène à TSLAMP de MGMT, tiré de leur album Little Dark Age. Déjà trois ans depuis la sortie d’un projet qu’on peut considérer comme un véritable succès de leur part, LDA est marqué par un focus plus poussé sur leurs synthés, porté par des mélodies charmantes et de véritables bangers.
TSLAMP est à l’image de cet album : étrange, dérisoire, possédant une certaine mélancolie dans son style. Il y a des passages merveilleux (“nothing can compete with the first time you saw her”), mais c’est surtout la séquence de fin qui me plait. On entend le plus pur des sourires à 3:52 précisément et il suffit de se laisser porter pour ressentir une tristesse euphorique.
Moses Sumney – Me In 20 Years
Instant Sonore : 1:45
Sans aucun doute ma chanson préférée de 2020 et sans doute le choix parfait pour démonter ce dont Moses Sumney est capable. Ici, il aborde le thème de la solitude d’une manière déchirante et fabuleusement élégante. Les paroles sont bien sûr très personnelles mais ce passage particulier me reste en tête :
Do you still hoard souvenirs
And make them mirrors
Of sentimental veneer?
Le changement de ton à 1:45 réussit toujours à me donner des frissons. L’effet vocal produit une impression surréelle, on peut presque visualiser les souvenirs en question grâce à la voix hantée de Sumney.
Le morceau continue ensuite son crescendo, accompagné de cris de désespoir, pour finalement rechuter et retomber dans un vide complet.
Tennis – How To Forgive
Instant Sonore : 2:00 / 3:10
Tennis est récemment devenu mon go-to en matière d’indie pop. C’est un groupe qui semble avoir trouvé la recette idéale pour produire de bonnes mélodies pop / indie pop / synth-pop à volonté sans forcément s’aventurer ailleurs. Avec pas moins de sept projets sortis durant les années 2010, le duo de Denver accumule les expériences mais ne semble jamais réussir à construire le projet mémorable (Yours Conditionally s’en rapproche le plus).
Leur album le plus récent, Swimmer, est rempli de ce style de bonnes chansons “juste” sympathiques, mais on peut y trouver deux (2) exceptions qui s’élèvent au-dessus du reste. Il y a d’abord leur single Runner au rythme dynamique très plaisant, mais surtout How To Forgive à la structure particulièrement aboutie.
On commence avec l’introduction d’une percussion assez douce et d’un synthé plutôt calme pour les premières notes. Ces éléments continueront d’être contenus à travers le premier couplet et son refrain, on entend ensuite un léger reset pour laisser place au deuxième couplet et c’est à 2 :00 que la différence se fait. Le synthé se libère enfin, la voix d’Alaina Moore ajoute un boost d’émotion et soudainement la chanson prend vie.
C’est un build-up finalement assez académique mais qui rassemble tous les éléments d’une chanson pop réussie et émouvante. On finit par obtenir une très belle conclusion qui permet à la mélodie de s’envoler et l’envie irrésistible de se rejouer le morceau.
C’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que cette première expérience d’Instant Sonore vous a plu. Je compte en faire une partie clé de cette newsletter, donc attendez-vous à de nombreux autres volumes à l’avenir.


