Check-Up #3
Qu'est-ce qu'on écoute en ce moment ? La playlist du mois de mars est là pour vous aider.
Bienvenue sur le Check-Up, l’endroit où on se demande si mes yeux sont aussi rouges à cause d’une réaction allergique ou si ce sont les news que je lis incessamment sur mes écrans qui me font cet effet.
Vous captez le principe de la rubrique après les deux premières éditions : on veut de la musique et on veut que ça parle à notre âme.
Si vous avez manqué les précédentes playlists, voici les liens qu’il vous faut :
Il ne suffisait que d’un (1) rayon de soleil pour me convaincre que ce début de mois de mars devait reprendre certains thèmes explorés en février : ambiance tropicale, soleil, vibes d’été.
Ça se manifeste d’entrée avec Praise de Panda Bear, du même album Sinister Grift déjà présent sur la playlist précédente, mais surtout avec California Dreamin’ et Things in Life - deux sélections directement influencées par Wong Kar-wai (et plus précisément son film Chungking Express).
Le timing n’est pas anodin, puisque j’explorais la filmographie du réalisateur hongkongais pour la première fois à cette même époque en 2024. Je me retrouvais complètement sous le charme de son univers rêveur et parmi tous les éléments qui m’ont marqué, c’est bien sûr la musique qui berce ses films qui m’est restée en tête.
Et puisque Dennis Brown nous y emmène de façon organique, on en profite pour explorer un genre qui est loin d’être ma spécialité mais qui a actuellement toute mon attention : le reggae. On a du plus ancien avec Two Sevens Clash de Culture et du plus récent avec Rockaway (Dub) de Hollie Cook - coup de cœur du moment avec son album Shy Girl sorti en octobre dernier.
Le véritable élément déclencheur de toute cette section n’est autre que The Clash. J’entendais The Guns Of Brixton par hasard le mois dernier et j’étais surpris de remarquer des influences reggae dans l’instrumentation. Une chose en entraînant une autre, une minute de recherche se transformant en plusieurs heures de recherche, j’apprends que cette chanson était inspirée par The Harder They Come (1972) - film jamaïcain culte réalisé par Perry Henzell - et j’en fais la pièce centrale de cette première partie de playlist.
Ensuite : All Along the Watchtower de Jimi Hendrix, parce que les classiques sont les classiques.
On passe à du plus moderne avec le producteur et saxophoniste Venna, puis Flying Lotus, puis Masego, chanteur d’origine jamaïcaine et aussi saxophoniste. Tout est lié, tout est très beau, la boucle se boucle elle-même. Si on veut vraiment forcer, on peut aussi mentionner que l’artiste suivante a enregistré un album en Jamaïque, mais on se contentera de parler de la série de bangers qui arrive.
L’enchaînement Santigold → Bloc Party → Nilüfer Yanya est imbattable. Avec un meilleur mixing, on tiendrait une série de transitions parfaites, mais on se contentera de cette injection d’énergie pour sauter partout pendant 10 minutes. Merci à la batterie d’exister.
Spring Is Coming With A Strawberry In The Mouth. On ne va pas vérifier les dires exacts de Madame Caroline Polachek, mais le printemps est en effet arrivé. C’est d’ailleurs assez impressionnant d’avoir réussi à faire rentrer la phrase entière dans son refrain.
Attention alerte 80’s : on mélange un tas de trucs pour faire toute une section dédiée aux années 80. La star évidente ici n’est autre que Chaka Khan. Après avoir utilisé Through the Wire en janvier, on fait appel à l’originale ici. Le sample et le sampler, quelqu’un devrait faire une playlist comme ça un jour…
Alors qu’on approche de la fin de cette première partie du mois de mars, je me permets non seulement de mettre Tears for Fears à deux (2) reprises, mais surtout à la suite. C’est logique, Head Over Heels et Listen vont ensemble sur l’album Songs From The Big Chair, donc elles vont ensemble sur ma playlist.
Mais surtout ! La transition entre Listen et Welcome to the Treehouse, Pt.I semble assez naturelle malgré les 40 ans d’écart entre les deux morceaux et nous permet d’entrevoir le monde mystérieux de Let’s Eat Grandma.
Et ça nous mène ensuite à une conclusion épique avec Me Condena de Ao, tirée d’un album tout récent sorti en janvier, puis Evening Mood de l’incroyable Julia Holter et sa pop baroque si sereine.
Voilà donc pour les deux premières semaines du mois de mars - 25 sélections qui ont commencé de façon plutôt décontractée et qui laissent progressivement place à quelque chose de plus lourd et sombre.
Naturellement, on reprend avec Do You Realize?? de The Flaming Lips. La question posée est très simple : do you realize that everyone you know someday will die? 🙂
Ensuite : When You Die de MGMT.
Après ce démarrage synth-pop, on embarque dans une section indie-rock UK avec une deuxième apparition de Nilüfer Yanya - cette fois-ci en empruntant à son album Miss Universe de 2019 - mais surtout English Teacher qui sert de pont parfait entre la narration impassible de Dry Cleaning et les mélodies éthérées de Wolf Alice que l’on retrouve partout sur leur excellent album Blue Weekend (excepté sur celle que j’ai choisi ici, forcément).
Et pour bien terminer cette phase de bangers cyniques : Ur Mum de Wet Leg. Attention au cri.
Maintenant qu’on est bien échauffé, on veut encore plus d’énergie et on en veut maintenant tout de suite. C’est là qu’intervient Bob Vylan, le groupe punk-rap-rock qui s’est peut-être fait connaître pour leur performance à Glastonbury l’an dernier, mais qui sortait avant cela un album nommé Bob Vylan Presents The Price Of Life en 2022.
Sur leur chanson Wicked & Bad, on reste dans le même état d’esprit révolté et antisystème, mais si vous écoutez bien, vous entendrez également un extrait d’un autre Bob (l’éponge) pendant le refrain.
A partir de là, on peut partir dans plusieurs directions puisqu’il semble y avoir une forte résurgence du mouvement post-punk / punk-rap ces dernières années. Pour cette section, j’ai choisi RiTchie, membre de By Storm et Injury Reserve, puis un nouveau single de l’artiste ghanéen-australien Genesis Owusu, et un morceau extrait de l’album de Paris, Texas MID AIR, sorti en 2023.
Ce dernier morceau du groupe californien, BULLET MAN, inclut Kenny Mason en feature - chanteur et rappeur originaire d’Atlanta. On était déjà à Atlanta le mois dernier, donc on ne va pas se refaire une exploration de la ville (même si on pourrait), mais on va plutôt se déplacer dans le sud des Etats-Unis pour explorer une région voisine : le Tennessee et plus précisément Memphis.
Et pour cela, on va faire appel à deux personnages de deux générations différentes qui relient tout un tas d’artistes hip-hop à travers ces 30 dernières années : Project Pat et Denzel Curry.
Si l’on parle du rap de Memphis, on parle inévitablement de l’illustre Project Pat, de son flow bondissant si particulier et de son influence sur la scène encore aujourd’hui. Il est ici présent en feature sur STACK IT UP de Kenny Mason, tout comme sur SKED de Denzel Curry, avant d’avoir son propre titre Cheese & Dope en vedette solo.
Quant à Denzel Curry, il semble s’être donné pour mission de rendre hommage au rap de la région et son crunk à travers ses récents projets. Il saluait déjà la culture de sa Floride natale sur ZUU en 2019, mais il plongeait pleinement dans le rap de Memphis en 2024 sur King of the Mischevious South Vol. 2.
Sur cet album, Denzel faisait appel aux services de légendes locales avec Kingpin Skinny Pimp en tant que narrateur omniprésent, ainsi que Juicy J et Project Pat. Il invitait aussi de nombreux autres rappeurs de diverses régions du dirty south - du Texas avec Maxo Kream et That Mexican OT, de la Caroline du Nord avec TiaCorine, de la Géorgie avec 2 Chainz et Kenny Mason, et de sa Floride avec Ski Mask the Slump God et PlayThatBoiZay.
Plus récemment encore - pas plus tard que janvier 2026 - Denzel annonçait la création d’un groupe appelé The Scythe, composé de (ASAP) Ferg, TiaCorine, Bktherula, et Key Nyata. Leur album Strictly 4 The Scythe sorti en début de mois de mars sert de célébration et réappropriation au rap underground et nous permet donc évidemment de tout relier dans cette section de la playlist.
Vous l’aurez compris, l’idée ici était de mélanger l’ancien avec le nouveau, de passer de l’un à l’autre constamment à travers des invités surprises, des samples et les chansons originales qui ont servi à inspirer tout ce rassemblement de musique.
Sur PHONY, c’est un beat de DJ Paul datant de 1996 qui est remixé et c’est Juicy J qui est de nouveau invité pour l’occasion. Puisque les liens sont si évidents et que les deux membres iconiques du groupe sont présents, il faut forcément invoquer Three 6 Mafia par la suite. Rien d’obscur ici, on se rend à la source et on célèbre les fondateurs du genre avec leur titre le plus iconique : Stay Fly.
(Fun fact : il y a un moment sur ce morceau où Juicy J dit “I ain’t Denzel, but I know I’m a star” et à l’époque c’était évidemment au sujet de Denzel Washington, mais aujourd’hui ça pourrait aussi marcher avec Denzel Curry. Fun.)
On est bientôt sorti de cette section de la playlist et je vais bientôt arrêter de vous balancer un tas de noms à la figure, mais avant de conclure entièrement, on rend un dernier hommage aux groupes de l’époque avec 8Ball & MJG, dans un registre bien plus posé sur Throw Your Hands Up.
Accrochez-vous parce qu’il existe un dernier lien : OutKast est en feature sur la chanson précédente. Et vu qu’on parle de groupes de rap et de légendes des années 90 et 2000, on est obligé de faire un dernier détour par Atlanta avec Git Up, Git Out de Southernplayalisticadillacmuzik.
Voilà pour cette section ultra dense de la playlist ! Je me permets quelques mentions spéciales pour d’autres noms très reconnus du rap de Memphis mais pour qui il n’y avait simplement pas assez de place : Young Dolph, Key Glock, Gangsta Blac, Gangsta Boo.
BADBADNOTGOOD nous apporte la transition qu’il nous fallait absolument après toute cette agitation. J’ai préféré la version instrumentale de Six Degrees - un beat originellement conçu pour Ghostface Killah sur leur projet collaboratif Sour Soul - pour bien décompresser.
Et enfin, on approche de la fin avec pas moins de 14 minutes de jazz-fusion. On écoute Street Fighter Mas de Kamasi Washington, puis Blood of the Past de The Comet Is Coming, qui contient le saxophone le plus enragé que j’ai pu entendre de toute ma vie (à juste titre) et un poème glacial de Kae Tempest qui m’est instantanément resté en tête dès la première fois que je l’ai entendu.
Sur le même sujet et en guise de point final : When Palestine is Free de Momoko Gill.
Have we come to see
We’re only free when Palestine is free
Long as we may breathe
We turn to heal the rhythm to the sea
No more rest in peace
Bonus Screen Time
Quelques films que j’ai apprécié ce mois-ci :
Vanishing Point (1971) - Richard C. Sarafian
Two-Lane Blacktop (1971) - Monte Hellman
The Secret Agent (2025) - Kleber Mendonça Filho
J’ai enfin terminé mon rattrapage des films de 2025 avec The Secret Agent en début de mois et c’était une très bonne façon de clôturer cette phase. Le casting était impeccable, Wagner Moura très fort et le scénario vraiment très captivant et touchant une fois la (longue, mais pas déplaisante) période d’introduction passée.
Pour ceux que ça intéresse, j’ai lu un très bon article qui explore l’importance du film et son traitement des souvenirs et de son héritage. C’est un peu ce que One Battle After Another voulait raconter par rapport aux relations entre générations mais son idiot de réalisateur ne comprend rien à rien, donc forcément ça n’a pas eu le même effet.
The Secret Agent a aussi eu le mérite de me renvoyer vers les années 70 et de voir quelques road movies plutôt cool. C’était mon premier visionnage de Vanishing Point, mais ma deuxième fois devant Two-Lane Blacktop - deux films plutôt vides et silencieux mais très pensifs sur cette période particulière de l’histoire des Etats-Unis (ew).
Voilà pour cette édition de Check-Up !
J’ai été ravi de recevoir vos retours sur les deux derniers articles et de voir que ce format vous plait. Et de nouveau : n’hésitez pas à partager vos obsessions du moment - je veux tout écouter, lire, regarder de ce que vous me recommandez.



Ce mois-ci j'ai écouté plein de DJ set sur Youtube (KEXP, Analog Journal) et I Wanna Be Adored en boucle (en competition pour le titre de l'année dans mes stats)